CES GENS QUI N’ONT PAS DE PASSION

Je suis impressionnable. Probablement trop impressionnable…

J’ai toujours admiré les autres. Une camarade de classe douée pour les arts plastiques pouvait aussi bien devenir ma nouvelle idole. Je rentrais à la maison animée d’un désir créatif exaltant, persuadée que mon destin se trouvait dans une boîte d’aquarelle… Après quelques esquisses maladroites et navrantes, je rangeais mes pinceaux avec un soupir d’admiration pour cette artiste que je ne serais jamais.

Aujourd’hui, c’est encore la même histoire. Chaque fois que quelqu’un semble parvenir à trouver un sens à sa vie, cette admiration accaparante, suivie d’un sentiment d’infériorité, ressurgit.

N’allez pas croire que je n’ai jamais eu l’occasion de m’épanouir. Ma propre vie a été régie par la pratique de disciplines n’aboutissant pas en passion. Lorsque ma mère m’obligeait à pratiquer mon instrument, ne récoltant que mes crises, elle me jurait que je finirais un jour par l’en remercier… ce qu’elle attend probablement encore! Mes leçons de danse me plaisaient davantage, mais je n’ai qu’à écouter Fame, Flashdance ou Née pour danser pour reléguer ma prétendue passion au rang de chouette passe-temps.  

Est-ce ma vision de la passion qui est trop romancée? Est-ce ''la faute à la télé'', avec les concours et les films qui nous font miroiter une réalité qui ne touche qu’une étroite minorité? Même en essayant de délaisser mes aspirations de reconnaissance, de valorisation et de performance, je n’ai pu mettre le doigt sur l’activité qui me ferait bondir de mon lit aux aurores durant plus de deux semaines consécutives.

Au final, est-ce que mon incapacité à être fidèle à une passion fait de moi une personne moins créative ou inintéressante? Je ne suis pas celle qui épate autour du feu de camp parce qu'elle connait tous les hits à la guitare, personne ne se demande si je suis fabriquée en élastiques dans la classe de yoga et je n’ai pas de standing ovation quand je chante dans la douche. Je commence à m'y faire. Le plus difficile je crois, c’est de ne pas trouver de moyen précis d’exprimer mes grandes joies, mes peines ou de combler les petits vides. Nous, qui n’avons pas trouvé LA passion devons chaque fois découvrir un moyen de composer avec nos émotions…

En revanche, si tu me proposes de m’initier à l’escalade, de m’apprendre l’allemand ou de participer à un cours de tango, il y a de bonnes chances que je sois très emballée! Je n’ai peut-être pas la satisfaction de me sentir SUR MON X, mais je ne cesse jamais d’expérimenter, et au fond, c’est peut-être ça, ma créativité et mon petit bonheur à moi!

 

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Je suis loin d’être la seule qui s’interroge sur son incapacité à être fidèle à une passion. Emilie Wapnick, écrivaine, coach et artiste en parle dans son Ted Talk dans lequel elle cherche à expliquer pourquoi certains d’entre nous n’ont pas de vocation. À travers ses questionnements, on réalise que dès l’enfance, on nous inculque l’idée que nous devrions avoir une réponse unique à la question « Que veux-tu faire quand tu seras grand? ». Elle ouvre une piste intéressante en nous présentant ceux qu’elle qualifie de « multi-potentialistes », des gens aux intérêts multiples, qui auraient le pouvoir de mieux synthétiser les idées, d’apprendre rapidement et de s’adapter plus facilement. Envie de découvrir comment vous pouvez tirer profits de vos potentiels multiples? C’est par ici!